RCA : A qui profite la situation politique actuelle ?
Colonie française membre de l’Afrique Equatoriale Française, la Centrafrique accède à l’indépendance en 1960 comme la quasi-totalité des colonies françaises en Afrique. La France, puissance coloniale, y exerce une mainmise constante au gré des évènements et de la posture prise par les différents régimes qui ont siégé à Bangui. Paris a été pointé du doigt dans le coup d’Etat la Saint-Sylvestre occasionnant le renversement du président David Dacko par Jean-Bedel Bokassa en 1965. David Dacko se tournait petit-à-petit vers la Chine communiste. Ce coup d’Etat ouvre la porte à une série de luttes armées visant à prendre le contrôle de Bangui. La question serait de comprendre pourquoi la France, puissance coloniale pourrait se réjouir de l’instabilité d’un jeune Etat dont il est le maître ? Ce n’est pas le pouvoir qui intéresse Paris, mais plutôt le contrôle de nombreux gisements d’or, de diamant et d’autres minerais comme le montre la carte 1 ci-dessous.
En 2013, sous le règne de Michel Djotodia, qui lui aussi a pris les commandes du pays à la suite d’un coup d’Etat sur le régime de François BOZIZE, la Centrafrique entre dans un cycle de violences graves. Les Seleka, groupes armés à dominance musulmane et les Anti-Balaka majoritairement chrétiens, s’affrontent à Bangui. La théorie d’une guerre de religion fut évoquée et répandue pour entretenir cette guerre. En réalité, Les musulmans centrafricains n’ont aucun problème avec leurs compatriotes chrétiens et animistes. Les combattants de la Seleka, considérés comme des combattants musulmans cherchant à prendre le contrôle de la Centrafrique et y installer la charia, ne sont autres que des mercenaires tchadiens et soudanais qui eux-mêmes visent les gisements d’or et diamant centrafricains. Ces groupes armés sont soutenus par les régimes soudanais et tchadiens. La France est aussi dans le coup. Elle agit sur le terrain en manipulant le régime d’Idriss Deby. La CEMAC, organisation sous régionale, a déployé la FOMAC; une force d’interposition. Suivant son exemple, plusieurs autres forces dont celles de la France (Sangaris) et de l’UE ont foulé le sol centrafricain pour y apporter leur contribution. Malheureusement, la situation ne s’est pas améliorée, obligeant l’ONU a déployé la Mission des Nations-Unies en RCA ; MINUSCA. Cette dernière réussit à imposer un calme et instaurer une transition dirigée par Catherine Samba-Panza. Les élections ont été organisées fin 2013 - début 2014 et ont été remportées par Faustin Archange Touadera. Une route vers la sortie de crise qui a fait de gagnants mais a aussi mis sur le banc, beaucoup de perdants.
Le premier gagnant de ce retour au calme est logiquement la RCA. Plongée dans une crise aux connotations religieuses, la RCA était partie pour déboucher sur un scénario à la rwandaise avec en toile de fond, un génocide des musulmans sur les chrétiens ou inversement. Malgré cet état de fait, l’élection de Touadera a apporté de l’espoir et a permis de jeter les bases de plusieurs reformes dont celle de l’armée. Le pays, bien aidé par la Russie, est en train d’écrire une autre page de son histoire orientée vers le développement socio-économique. Au nord et à l’est, quelques mouvements rebelles continuent de faire peser la menace sur la paix mais tout porte à croire que la RCA est sur de bonnes voies.
A la suite de l’éclatement de l’empire soviétique et la fin de la guerre froide, la Russie a pris ses distances avec l’Afrique. Mais depuis quelques années, elle profite des situations politiques instables pour se faire de nouveaux alliés et des partenaires d’affaires sur le continent. La Russie a ainsi « conquis » plusieurs pays africains ces dernières années comme nous le montre la carte 2 ci-dessous. Déjà en Angola et en RDC voisins, la Russie a logiquement pu prendre d’assaut la RCA . Elle a su profiter de la situation post-conflit très difficile pour marquer des points et bénéficier de la confiance du président Touadera qui perd patience avec les missions onusiennes et les initiatives sous régionales. La Russie a d’abord insisté pour la levée de l’embargo sur les armes en destination de la RCA. Une fois réussie, elle a débarqué avec des armes et des instructeurs pour lancer les réformes de l’armée tant désirées par Touadera et le peuple centrafricain en général . Le retrait des forces françaises de l’opération Sangaris a libéré la voie à l’expansionnisme russe. Depuis lors, en dehors des manœuvres militaires, des entreprises russes spécialisées dans l’exploitation du diamant, de l’or et d’autres minerais sont signalées sur le terrain. En échange de la protection qu’elle apporte au régime de Touadera à l’international et sur le terrain , la Russie contrôle aujourd’hui, l’une des plus des grandes réserves de minerais en Afrique.
Les grands perdants de ce retour au calme en RCA, sont le Tchad et la France, puissance coloniale. En retirant les forces de Sangaris en 2016, la France a clairement libéré le terrain pour ses adversaires. Puissance coloniale, elle a toujours su dicter sa politique à Bangui. Mais avec Touadera, la donne a changé. Le nouveau président conscient du rôle joué par la France dans tous les coups d’Etat perpétrés sur le sol centrafricain, trouve en la Russie, un partenaire capable de l’aider à protéger son fauteuil mais aussi un partenaire économique plus fiable que la France. Déjà gangrenée par de longues procédures administratives, la France n’a pu agir à temps pour lever l’embargo sur les armes à destination de la RCA. Pourtant, cette levée d’embargo était vitale pour la reconstruction de l’armée centrafricaine et la sécurisation du pays. Une partition que la Russie a facilement su jouer. Depuis fin 2018, la France essaie de revenir, mais les russes ont déjà occupé assez de points stratégiques jusqu’au sein de la présidence.
Petit poucet dans cette lutte entre puissances (Chine, France, Etats-Unis et Russie) qui se positionnent pour les immenses ressources naturelles que regorge le pays, le Tchad, de loin, ne semble pas peser. Pourtant, N’Djamena, depuis les premières heures des indépendances joue un rôle important dans les différentes crises qu’a connues la Centrafrique. Avec le président Deby, le Tchad est allé au delà de son rôle de base arrière sur laquelle s’appuyait la France pour orchestrer des changements de régimes en RCA. Beaucoup de mercenaires tchadiens faisaient partie des forces de la Seleka, ce qui a révolté les centrafricains. Ensuite, les militaires tchadiens, membre de la FOMAC ont été décriés à cause des exactions qu’ils auraient causées. Ces éléments mis ensemble, ont abouti à la mise à l’écart du Tchad au moment de la mise en place de la force africaine puis onusienne. Ainsi, le président Deby qui espérait tirer les bénéfices de cette guerre à travers le contrôle des mines d’or et de diamant au nord-est de la RCA, s’est retrouvé sur le banc de touche. Aujourd’hui, N’Djamena ne pèse plus sur la politique centrafricaine et la présence des soldats russes au nord et à l’est de la RCA ont considérablement réduit la marge de manœuvre du régime tchadien. Le régime de Deby cherche maintenant à refaire son image auprès du Kremlin et de Bangui, craignant les représailles de la Russie.
/image%2F2374614%2F20210310%2Fob_6134c6_logo-ipocit.png)

